La jeune femme, qui avait un visage d’ange, était assise par terre, les mains enfoncées dans un amas de terrau. Avec ses doigts ronds et boudinés elle attrapait chaque boule d’argile et en enfonçant ses ongles dedans elle les effritait. Elle répétait ce geste pendant une heure, sans un mot. De temps en temps elle s’essuyait le front, qui perlait à cause de la chaleur étouffante, avec la manche de son tee-shirt qui avec l’usure avait changé de couleur.
Quand elle eut fini de casser chaque morceau d’argile, avec la paume de la main, elle commença à étaler la terre sur une bâche. Ses yeux sombres trahissaient une certaine tendresse ainsi qu’un peu de fragilité.
Après une heure de travail, la petite brune se leva et se dirigea, avec sa démarche maladroite, vers la cuisine, dans l’objectif de se rafraîchir. Tout en marchant son regard se perdait dans le jardin, son jardin, un sourire empli de fierté se lisait sur son visage.
En arrivant dans la cuisine, elle baissa la tête. Elle n’était pas la seule à avoir soif à ce moment. De nature aussi discrète qu’un okapi, elle essaya tant bien que mal de ne pas se faire remarquer, le regard des autres sur elle semblait la mettre mal à l’aise. Quand elle put accéder au baril de refresco elle se mit à penser à ses petits frères, à sa mère, à son ivrogne de père, à ses chiens, à son tout petit chat qui l’attendraient tous ce soir. Un sourire grand comme une banane berçait son visage nostalgique.
Carmen faisait partie de ces personnes qui transpirait la bienveillance et sa compagnie n’était pas dérangeante. Très charismatique, elle affichait souvent un sourire de madone lorsque sa curiosité remontait à la surface. Dans ces moments une pluie de questions pouvait sortir de sa bouche.
YANES Aliénor


